Isaac Mendès France : Mon ancêtre juif négrier ?

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Negres et JuifsÉtrange chose que la généalogie. Certains vous lisent à travers elle, d’autres instrumentalisent des informations incomplètes pour mieux charger la barque. De quoi s’agit-il ? Voilà : on m’a trouvé un ancêtre négrier. Un ancêtre très à la mode, puisque juif et négrier (vous savez le credo des pro-dieudo). Un ancêtre exceptionnel du nom de Mendès France comme PMF. Et qui trône là comme la preuve éclatante que les juifs, quand même, c’est vrai qu’ils sont responsables de la Traite des noirs. Et puis, d’une pierre deux coups, ça décrédibilise aussi mon travail sur l’Afrique et sa mémoire (Génocide Héréro, “Dr la mort“…). Cette pseudo affaire vient s’échouer sur wikipedia où je relie les mêmes choses. L’occasion pour moi de rétablir un peu de vérité et de nuance. Je dénonce bien sûr ce Isaac, possesseur de deux escalves (et pas trafiquant mais bon…) d’il y a trois siècles. Bon, ça, c’est fait. En revanche, je souhaite que ceux qui évoquent cette histoire, l’évoquent entièrement. D’abord, il s’agit d’un ancêtre par alliance du 18e siècle (et là, on en a tous beaucoup). Ce Isaac sera l’objet d’un procès pour esclavagisme qui n’apparaît pas aussi simple que certains voudraient le faire croire.
La judéité du monsieur, figurez-vous, était bien plus grave que son crime.
Je cite Ruth Dreifuss, élue membre de l’AIDH suisse, qui, elle-même, base son intervention sur le seul livre qui évoque le sujet en profondeur : celui de Pierre Pluchon “Nègres et juifs au XVIIIe siècle”, éd. Tallandier.

Negres et Juifs le livreL’affaire Isaac Mendès
(…) C’est l’affaire Isaac Mendès France [4], du nom de son protagoniste, un lointain ancêtre de l’ancien président du Conseil. Membre de la communauté séfarade de Bordeaux (les “Juifs portugais” y étaient établis de longue date), Isaac était parti faire fortune dans la canne à sucre à Saint-Domingue. En 1775, revenant s’établir en France, notre colon y emmène deux de ses esclaves, “le Nègre Gabriel Pampy et la Négresse Amynte Julienne, originaire de Congo”, comme on disait alors, âgés de 24 et 18 ans. Lassés par les mauvais traitements, tous deux s’enfuient de chez leur maître après huit mois de séjour parisien.
Ayant appris, au surplus, que le Code Noir – qui régissait l’esclavage – n’avait pas cours sur le territoire de la métropole, Pampy et Julienne assignent Mendès devant le tribunal pour faire constater leur droit à la liberté. Et que plaide leur avocat ? Non pas que l’esclavage est contraire à la “maxime de liberté du droit public de France”, mais que Mendès, parce qu’il est un mauvais maître, a perdu le droit de garder ses esclaves. Et, surtout, que Mendès est un mauvais maître du seul fait qu’il est Juif. Cela suffit à le disqualifier. Nègres ou Juifs, tout ça ne vaut peut-être pas cher, mais pour l’avocat des deux Noirs (…) “le parallèle n’est pas favorable à la Nation du sieur Mendès”.

L’histoire était connue de ma famille depuis belle lurette ainsi que des milieux d’extrême droite (reprise en coeur par les pro-Dieudo).

Cette ascendance porterait-elle atteinte à l’intégrité de mes engagements africains ? Pour ceux qui ne m’apprécient pas, évidemment oui. Alors, pour rester dans ce jeu stupide des ascendants, je signale à mes détracteurs que le père de ma tante, Mireille Mendès France, est … Franz Fanon, le grand révolutionnaire de la cause noire. C’est moins esclavagiste comme ascendant ? 😉

Tout ça me rappelle ce beau papier co-signé dans Libération avec des amis : ” Nous sommes tous des juifs noirs“.

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