Le procès Papon, sous deux regards contrastés, celui d'Israël et du Japon

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On ne peut pas dire que le procès Papon ait un grand retentissement en Israël. ” quelques minutes à peine sur la première chaîne, dans l’émission hebdomadaire de Roïm Olam consacrée aux questions internationales. ” nous confiait Ygal Palmor, conseiller à l’ambassade d’Israël en France, mais quasiment aucune couverture presse, sinon quelques lignes dans le quotidien Haaretz. Les israéliens, empêtrés dans un processus de paix moribond, traversent sans doute une crise sans précédant, mais on pouvait tout de même s’attendre à une couverture plus large de l’événement, même si la collaboration du régime de Vichy avec l’occupant nazi est établie depuis longtemps dans les esprits de la population israélienne, et qu’un procès qui fait resurgir les vieux démons de notre histoire contemporaine, on peut le penser, ne semble plus guère les concerner. Mais vu d’ici, c’est un peu comme si le judaïsme israélien se refusait à voir au delà de la guerre des six jours les tenants de son identité.Paradoxalement, le procès Papon fait la une des journaux au Japon (notamment dans le principal quotidien; Asahi shinbun – 8 millions d’exemplaires), et le 13 octobre dernier, la NHK, la chaine de télévision publique, consacrait au procès près de 4 minutes de son 20 heures, soit un quart de son temps d’antenne. Cela s’explique pour au moins deux raisons: la première, anecdotique, tient au fait que le Japon garde toujours un oeil sur la France, plus que sur n’importe quel autre pays occidental (excepté les Etats Unis), et cela depuis fort longtemps déjà. Les japonais découvrent en effet que la France, non contente d’être le pays de la haute couture, d’Alain Delon, du vin ou du fromage, se révèle aussi être celui de Vichy et de Papon. La seconde raison, moins superficielle, enfouie dans la mémoire collective de l’archipel, est que le procès de l’ancien préfet de Gironde s’ouvre au moment ou comparaît devant les tribunaux le premier officier japonais témoignant des atrocités commises par l’Unité 731 en Mandchourie, au cours de la seconde guerre mondiale; au moment ou un vrai débat s’engage au Japon sur la responsabilité de l’armée impériale dans les crimes (jusqu’alors demeurés tabous) perpétrés au nom d’une idéologie nationaliste en Chine, en Corée ou aux Philippines. – Rappelons à ce propos que Vichy collabora activement avec le Japon en Indochine, à partir de 1941.

Le 7 octobre dernier, un front d’intellectuels composé, entre autres, du juriste Koken Tsushiya, du romancier Ayako Miura, de Yoko Tajima, professeur à l’université Hosei de Tokyo, s’est constitué pour réclamer toute la lumière sur les exactions commises par le Japon durant cette période et réclame des dommages et intérêts pour les victimes et leurs familles. Il s’oppose en cela à d’autres groupes d’intellectuels, ouvertement révisionnistes, qui demandent de leur côté une révision des manuels scolaires et se refusent à engager la responsabilités du Japon dans des crimes restés vagues, lointains, et dont le retentissement ne peut être aujourd’hui que politique et anti-japonais.

Tristan Mendès France Michaël Prazan
dans L’Arche 1997

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