Tribune commune sur l'Islamisme radical

Tribune commune sur l’Islamisme radical
Date de Création: 03 Feb, 2004, 12:07 AM
L’autre islam. Rien ne nous autorise à parler, rien ne nous en défend. Nous n’avons rien à voir avec aucune religion, aucun parti, aucune obédience, aucun millénarisme, aucun dogme. Nous sommes Français de naissance, Européens de conviction, « droits-de-l’hommistes » dans l’âme, athées ou agnostiques de principe. Nous ne croyons ni en Dieu, ni en Diable. Nous regardons le fait religieux comme une masse qui n’a rien d’un bloc mais qui fait sens, qu’on en est ou pas, pour une majorité d’individus et de groupes depuis les premiers pas de l’aventure humaine. Nous sommes enfants du darwinisme, de l’anti-historicisme, de la mort de Dieu, de la psychanalyse, de la naissance de l’individu, du chaos des idéologies et des religions, des désastres et des gloires de l’homme depuis son apparition dans l’univers. Nous ne sommes ni optimistes, ni pessimistes. Nous consignons les faits d’armes, les gloires et les erreurs des hommes, avec crainte et espoir. Nous n’assignons à l’homme aucun destin projeté, aucune finalité préméditée. Nous ne sommes ni exégètes, ni théologiens, ni philosophes, ni prophètes. Nous sommes enfants d’une humanité dont nous sommes fiers autant que désespérés, les surgeons d’un chaos qui créa le pire et le meilleur.C’est à ces différents titres, grâce et à cause de tout cela, que nous voulons prendre fait et cause pour celles et ceux, musulmanes et musulmans, qui sont les premières victimes de l’islamisme, qui y résistent dans le silence cathodique, qui en subissent les foudres et les fatwas, qui ne se satisfont et ne se satisferont jamais d’un islam porté à bout de jihâd par quelques fous qui rêvent d’en faire le nouveau totalitarisme des siècles à venir. Nous lisons le Coran : c’est pour nous une lecture étrange, comme peut l’être celle des Evangiles ou du Talmud. Nous reconnaissons aux religions le pouvoir et le droit de se constituer en vecteurs moraux et en sources de valeurs pour les hommes. Simplement avons-nous choisi, pour ce qui nous concerne, de vivre sans ces béquilles – disons humblement que nous nous en sommes choisis d’autres. Nous trouvons dans les textes religieux, dans tous les textes religieux, un certain nombre de préceptes qui ne peuvent en aucun cas agréer nos consciences. Il n’empêche : des hommes et des femmes, aujourd’hui, connaissent la menace, la prison, l’exil, l’interdiction à la quiétude, l’empêchement à la vie, la torture et la mort, sous le seul prétexte que, musulmans, ils rejètent les prescriptions des nouveaux totalitaires. Notre conviction, après l’immense déroute qu’a constitué notre refus d’entendre à temps Massoud ou Itzetbegovic, ces hommes qui se réclamaient autant si ce n’est plus de la démocratie que de l’islam, du droit international que de leur foi, est que nous devons écouter ces musulmans qui ne demandent pas mieux que de remettre l’islam sur le seul chemin qui convienne à une religion, aussi grande fût-elle : celui d’une croyance exprimée dans le quant-à-soi de la foi.

Ils ont raison. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est le Coran, et les hadith. Et c’est, aussi, Ali Abderraziq, l’un des théologiens musulmans les plus respectés dans le monde islamique, dans un livre que tout musulman connaît au moins de nom ou de réputation, « L’islam et les fondements du pouvoir ». Dans ce livre, ce théologien remarquable, ce croyant indiscutable, ce cheikh de l’université Al-Azhar, ce juge du tribunal islamique de Mansourah, ce grand religieux pouvait écrire, « au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux », qu’il était d’urgent « d’admettre que Muhammad était uniquement un messager de Dieu, chargé de transmettre un appel purement religieux que ne perturbait aucune aspiration au pouvoir ». Il écrivait que « la lettre du Coran est également explicite sur le fait que Muhammad n’avait aucun droit sur son peuple au-delà de ce qui est requis pour délivrer un message prophétique ». Et il concluait, en s’appuyant toujours sur le Coran et en rappelant que « Muhammad n’est qu’un Messager venu après bien d’autres », que « le Prophète ne doit en aucun cas imposer ce qu’il a été chargé de transmettre ni obliger les hommes à s’y plier ». C’était en 1925. En 2004, il semble que certains érudits du coranisme aient décidé de se passer de la lecture d’Ali Abderraziq.

Une nouvelle Inquisition est à l’œuvre, elle brûle les livres et lance des contrats sur des hommes et des femmes à la parole trop libre. Ses prophètes de malheur doivent se souvenir qu’une autre Inquisition, avant la leur, avait déshonoré le catholicisme : il lui a fallu plusieurs siècles pour se remettre de ce péché d’orgueil et d’impérialisme. L’Inquisition islamiste d’aujourd’hui n’est pas moins barbare, et en tout cas aussi étrangère au bien commun, aussi indifférente à la justice, aussi convaincue de son bon droit totalitaire. Contre la ben-ladenisation de l’islam, nous pensons que les musulmans démocrates, convaincus, et ils sont nombreux, de l’aberration fantastiquement rétrograde que constitue la fusion du temporel et du spirituel, acquis aux principes généraux de la laïcité, qu’elle soit ou non ainsi désignée, sont les forces vives sur lesquelles il est urgent de s’appuyer. Sans eux, nul ne pourra lutter contre le terrorisme qui a conduit à l’assassinat de Massoud et, deux jours plus tard, à la tragédie du World Trade Center.

Croyants de toute obédience, agnostiques, athées, politiques, personnalités morales, citoyens, il importe de mettre nos énergies et nos convictions au service d’un double combat qui n’a de paradoxal que l’apparence : soutenir les musulmans dans leur lutte contre le coranisme, cette folle tentation des nouveaux Purs de faire de leur foi indiscutable l’étalon du monde, l’aune exclusive à laquelle s’évaluent sa dignité et son devenir.

Nous demandons qu’enfin soient entendus la parole et le combat de celles et ceux qui, d’Afghanistan en Algérie, du Pakistan en Arabie, d’Algérie en Iran, d’Indonésie en Bosnie-Herzégovine, et en France même, clament leur attachement à la démocratie, leur refus de l’impérialisme religieux, leur désir de voir émerger un monde où le droit légitime de croire ne s’égare pas en fanatisme politique et où la métaphysique ne se dégrade pas en totalitarisme. Nous voulons qu’enfin soit entendue la voix de cet islam de Lumière que fait vomir la folie de ceux qui se réclament de leur foi pour justifier le malheur. Nous voulons entendre et voir ces hommes et ces femmes sur nos plateaux de télévision et les lire dans les colonnes de nos journaux, car leur nombre est bien plus important que la cohorte de ceux qui, de Latrèche à Ramadan, au mieux manipulent les consciences, au pire jettent de l’huile sur le feu. Nous voulons que la parole de l’islam ne soit pas confisquée par quelques-uns, toujours les mêmes, qui ont surtout pour eux d’avoir les places, l’argent et les armes. Nous demandons aux partis politiques et à leurs acteurs, aux médias et aux médiateurs, à tous ceux qui ont la démocratie chevillée à la pensée, non pas forcément de s’engager, mais de veiller à ce qu’enfin soit entendue la voix de l’autre islam.

Tristan Mendès-France est journaliste et administrateur de l’Institut Pierre Mendès-France.
Marc Villemain est écrivain et rédacteur en chef adjoint du magazine TOC.

Lancement du site L'AUTRE ISLAM.ORG

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Date de Création: 03 Jan, 2004, 10:02 PM
Le site de « L’autre islam »
Avec Marc Villemain, j’ai décidé de mettre sur pied un projet dont l’objectif est de soutenir des musulmans laiques et républicains contre l’islam radical.
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Campagne « Main verte contre l’intégrisme ».
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MAJ : Projet abandonné en 2005.