Lors de la rédaction d’un portrait qui m’était très gentiment consacré par le monde, j’ai proposé au rédacteur du papier de solliciter mes réseaux sociaux pour qu’ils lui donnent un éclairage différent de ce que je pourrais lui dire. Il a accepté l’idée.
J’ai donc publié une invitation à témoigner sur mes différentes plateformes, sans trop savoir ce qu’il en sortirait.
Et puis certains contributeurs se sont manifestés auprès de moi pour me dire qu’ils avaient contacté le journaliste en question.
Notamment Valérie Jeanne-Perrier, Maître de Conférences au Celsa, qui m’a forwardé ce qu’elle lui avait transmis.
Et là, j’ai été soufflé.
J’y ai découvert beaucoup de choses sur mes propres pratiques, sur la façon qu’on a de me percevoir en ligne – moi qui pensais naïvement être mon meilleur observateur. Avec son regard extérieur, précis, elle m’a invité à une sorte d’introspection externe, une introspection sur la part de moi que j’expose en ligne (extrospection ?). Et elle m’a fait prendre conscience de deux choses contradictoires : je suis beaucoup plus nu que je ne le pense, et l’étendue de mon identité en ligne me dépasse.
Je remercie au passage Valérie de m’avoir autorisé à reproduire son texte.
[4 février 10] Maître de conférences au Celsa et travaillant sur les réseaux sociaux en tant qu’objets de communication, j’ai rencontré Tristan Mendès-France il y a un an environ, lors d’une intervention auprès d’un groupe d’étudiants de l’école, auquel il a présenté son travail concernant Blogtrotters, le site animé avec Alban Fischer.Ensuite, j’ai continué à le suivre, sous Twitter. C’était au moment des émeutes liées aux résultats contestés des élections, en Iran, en juin 2009. J’ai été marquée par son utilisation de l’outil, comme relais/retransmetteur d’informations provenant de sources sur place. Il est alors ensuite intervenu sur ce point précis auprès des étudiants de Master 1 et Master 2 de journalisme qui ont bien apprécié de mieux comprendre les potentialités mais aussi les risques liés à ce dispositif précis, dans le cadre de l’utilisation de sources.En observant ce travail régulier (un post, un lien quasiment quotidiennement, voir plusieurs fois par jour), j’ai peu à peu appris à comprendre certaines utilisations des réseaux sociaux : chez Tristan, tout cela est très orchestré, le profil sous Facebook étant relié à un site sous Posterous, servant à alimenter aussi bien le fil sous Twitter que sous FriendFrieed, sans doute qu’il utilise un dispositif de centralisation de tous ces éléments dispersés, il faudrait lui demander…Il y a une logique globale sous-jacente, une “méta-énonciation” qui sert, dans un ton proche, familier, engagé, gouailleur, parfois charmeur (il utilise beaucoup les “smileys” et sourit beaucoup, si si :)), son activité journalistique. Très clairement, il assure aussi la promotion de ses activités professionnelles, tout cela dans un continuum d’actualités commentées (souvent des “petits faits”), d’opinions, d’engagements, de coups de gueule. Un mélange qui forme de “l’information”, importante semble-t-il à ceux qui le suivent, puisque beaucoup le relaient.Il est très accueillant avec les nouveaux “venus”, mais en même temps, le ton n’est jamais feint, le style est direct, ce qui crée sans doute ce sentiment de connivence, de proximité, poussé aussi il faut bien le dire par les outils eux-mêmes qui font tout pour se faire oublier.Mais la ligne est tenue chez Tristan, entre utilisation consciente de l’outil en tant que source et risque de dérive narcissique, même si parfois il publie des éléments assez personnels : photos d’enfance, parents, éléments de son chez-soi (et même l’intérieur de son frigo…),etc… Mais il ne franchit pas la ligne du dévoilement total, égocentré. Et je crois que ces outils nous conduisent par auto-apprentissage à savoir établir une sorte de domaine privé que l’on peut rendre public, tout en en gardant la maîtrise. On voit très bien cette tension don//contre-don tenue dans son cas.Parmi ceux qui le suivent, certains lui donnent des infos, l’alertent, complètent les remarques, pensées, opinions qui sont les siennes. Beaucoup restent silencieux : sur plus de 1200 suiveurs, j’ai remarqué que souvent, 50 à 80 vont aller consulter les liens qu’il a fournis sous Posterous (sons, vidéos, textes) ou Flik’r, pour des photos, qui parfois, il faut quand même bien l’admettre, relèvent de l’ordinaire, voire de l’infra-ordinaire à la Pérec.Tout cela constitue, c’est certain, un bon portfolio numérique, un “composite” digital, cohérent, qui le sert, même si des commentaires plus durs ou plus critiques à son égard, face à ses prises de positions, remontent parfois. Il a l’intelligence de les laisser passer et de ne pasrépondre trop vite, de choisir ses interlocuteurs.Son groupe de “suiveurs” sous Twitter reste de taille humainement gérable: il peut réagir sans trop de délai à une question, une sollicitation, une remarque, mais sans doute que cela demande un peu d’organisation et un bon dispositif de centralisation de tous ces flux, une compétence organisationnelle particulière ? Là encore, il faudrait voir avec lui. Si le groupe venait à grandir trop, je crois qu’il y perdrait en qualité de la relation entretenue, de la connivence créée, sur la cohérence d’une identité tenue, unifiée et rendue “réelle”, réaliste. J’ai moi-même été très surprise, au bout de quelques mois d’observation, d’avoir cette impression de “connaissance”, d’accointance : une liaison familière électronique, assez inattendue pour un chercheur en sciences de l’info-com. A tel point qu’étant plutôt réservée et peu encline au tutoiement, formatée par les méthodologies d’observation, que je me suis retrouvée à l’interpeller directement par le biais de Twitter, en “DM” (direct message : mais attention, mon cas est particulier, je n’utilise jamais les “chats”… Les plus jeunes sont sans doute très accoutumés à cela). C’est sans doute le mélange du formatage du dispositif Twitter et la nature de la figure établie par TMF qui engage à ces échanges en proximité.Je me demande parfois si ceux qui le suivent apprennent également à se connaître entre eux, ou bien s’il constitue finalement un “leader d’opinion”, engagé sur certains sujets, offrant un regard au quotidien sur l’actualité, sur ses travaux en cours. Sa réception est celle d’une audience de niche, qui parfois lui permet de passer le cap et le filtre des médias traditionnels qui le construisent en expert des réseaux sociaux… Ce qui n’est pas “faux” puisqu’il pratique ce qu’il raconte et qu’il se met lui-même à l’épreuve de ce qu’il analyse et décrit à propos de ces outils.–Valérie Jeanne-PerrierMaître de Conférences – Celsa Paris Sorbonne


















Lautreamont
01/04/10
@ 14:57 (#)
Effectivement, le regard extrospectif est tout aussi utile que le point de vue introspectif. Il vient en complément
NB : Tous les commentaires seront lus mais pas forcément publiés