L’aide au suicide condamné

Le 8/12/2008 @ 16:53 par Tristan

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Florence, qui souffrait de tendances suicidaires, avait demandé au jeune homme un moyen efficace et sans douleur pour passer à l’acte. Joël lui avait conseillé la morphine et durant une correspondance de plusieurs semaines l’avait guidé pas à pas dans sa démarche funeste. [source]

Le jeune homme a pris 4 ans dont une année ferme et j’avoue être mal à l’aise.
D’abord parce que si on me demandait conseil, j’aurais du mal à ne pas répondre. Ensuite, parce que si j’envisageais mon suicide, j’aimerais que quelqu’un m’explique la façon la moins douloureuse d’y parvenir. Je comprends bien que dans ce drame, la mineure souffrait de tendances suicidaires et que le garçon l’a peut-être incité à franchir le cap. J’espère simplement qu’on ne condamne pas toute aide au suicide.

Je n’aime pas l’idée du “chacun pour soi” et démerdez-vous, dès qu’on parle de fin de vie.

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Dossier: lo tek, societe

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21 commentaires → “L’aide au suicide condamné”

  1. fgdilly
    08/12/08
    @ 17:21 (#)

    Nous ne parlons pas de quelqu’un qui serait condamné et voudrait mourir en paix, mais d’une adolescente qui, comme beaucoup d’autres, avait des tendances suicidaires. Presque tous ces jeunes retrouvent ensuite le goût de la vie. La seule réaction acceptable est d’inciter la personne en cause à prendre courage et à reprendre goût la vie. Le dealer de mort n’a eu que ce qu’il méritait.

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    • Tristan
      08/12/08
      @ 17:35 (#)

      @fgdilly, il lui aurait dit qu’il ne voulait pas qu’elle parte. France Info semble dire qu’il tenait à elle. “Dealer de mort”, je trouve ça déplacé. C’est un drame, pas un assassinat. Je te suis sur les jeunes qui peuvent avoir des tendances dangereuses.
      Mais, pour moi, je veux être conseillé, voire assisté et pas crever en ayant mal. C’est ce que je souhaite à toutes les personnes majeures.

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  2. renaud
    08/12/08
    @ 17:34 (#)

    Imaginer que quand on est au fond d’une dépression, on garde toute lucidité sur notre perception des bonheurs de la vie est absurde.
    Une dépression n’est pas un choix de vie mais une maladie. Ça se soigne.
    Là on parle d’une adolescente : déjà que la pleine connaissance de causes me semble très questionnable chez l’adulte expérimenté et sain, alors chez une ado dépressive comment la défendre une seule seconde???

    Je suis contre toute forme d’aide au suicide en toute circonstance, pour avoir éprouvé à quel point on peut AIDER les gens qui veulent en finir avec la vie. Aider à vivre heureux, pas à mourir!

    Ce type est un pervers qui a pris du plaisir à détruire quelqu’un par la manipulation. Je ne sais pas si sa place est en prison ou dans un asile psychiatrique, mais certainement pas au panthéon des bienfaiteurs de l’humanité souffrante!

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    • Tristan
      08/12/08
      @ 17:37 (#)

      @renaud, “Ce type est un pervers qui a pris du plaisir à détruire quelqu’un par la manipulation.” tu as des sources ?
      Je comprends que tu ne souhaites pas que quelqu’un t’aide à partir. C’est ton droit. Mais moi, j’ai le droit d’être assisté ?

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      • renaud
        08/12/08
        @ 20:52 (#)

        @Tristan, Un homme qui enfonce quelqu’un auquel il tient au lieu de l’aider à s’en sortir est un pervers, oui. Soi-disant il ne “pensait pas qu’elle réussirait à se procurer de la morphine” alors qu’il lui a expliqué par le menu comment falsifier une ordonnance sécurisée??

        J’ai l’impression que tu as tellement peur de perdre ta belle santé que dès qu’on parle de mort assistée ou de suicide tu es immédiatement concerné au premier chef : et si le cas de cette adolescente n’avait rien de chez rien à voir avec toi?? De quelle maladie incurable défigurante douloureuse ou indignante souffrait-elle?

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        • Sophie
          09/12/08
          @ 14:21 (#)

          @renaud, Je ne peux que confirmer et appuyer tes dires au sujet de la dépression. De plus, il ne faut pas tout confondre, il y a de multiples raisons au désir de mourir, et il se résume souvent à une seule chose : le désir de ne plus souffrir. Souvent cette souffrance n’est pas définitive, ni irrémédiable, elle peut disparaître même si le “souffrant” sur le moment n’a plus la force d’y croire.
          C’est bien différent si l’on parle de quelqu’un dont la souffrance est définitive, menant à la mort ou la déchéance physique (cela étant dit sans mépris, la déchéance physique n’étant pas synonyme dans l’absolu de perte de dignité, tout ramener à ce mot est abusif).
          Dans le cas que Tristan a repris, je crois que le jugement est justifié et qu’aider à la mort avant de chercher à aider à la vie, c’est une attitude presque criminelle.
          Je connais quelqu’un qui a pour ainsi dire été sauvé par la lecture de ce lien : http://www.barbery.net/psy/suicide/lisezceci.htm , qui est quasiment le premier qui apparaît quand on tape “suicide” dans Google.

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  3. Lotreamont
    08/12/08
    @ 19:00 (#)

    Bon c’est bien de faire ton outing sur le sujet. Mais je trouve ta position un peu sulfureuse, et tout particulièrement: “D’abord parce que si on me demandait conseil, j’aurais du mal à ne pas répondre”.
    Je pense qu’il faut d’abord rechercher avec la personne des solutions alternatives au suicide, et si elle tient vraiment à se suicider, ne pas l’aider dans ce sens.

    Car on n’est pas du tout dans la meme catégorie que pour l’euthanasie. Pour l’euthanasie, on est dans des cas de douleurs physiques irrémédiables, ce qui justifie moralemement un suicide assisté, mais dans le cas de suicide de jeunes comme ce fait divers, il s’agit surtout d’une douleur morale, qui elle peut etre soignée, et donc ne justifie pas une aide à mourir

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  4. Raluca
    08/12/08
    @ 19:41 (#)

    Ton point de vue me choque Tristan. De quelle aide tu parles là?
    L’aide à mourir sans douleurs en cas de maladie où la fin c’est la mort dans des conditions de souffrances tant morales que physiques me paraît un devoir du corps médical et est à mon sens indiscutable.
    Dans le cas de cette adolescente, ce type a commis un délit : non assistance à personne en danger. La prison est la peine appropriée.
    J’avoue que je ne te comprends pas et je crois que cette façon de voir est dangeureuse, puisque tu donnes des arguments de poids à ceux qui refusent la légalisation et l’encadrement de l’euthanasie.
    et puis quand tu dis “Je n’aime pas l’idée du “chacun pour soi” et démerdez-vous, dès qu’on parle de fin de vie.” je suis tout à fait d’accord avec toi, mais il ne s’agissait pas d’une fin de vie, mais d’un commencement…
    Dernière précision, je suis aussi membre de l’ADMD.

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  5. Lartiste
    08/12/08
    @ 20:06 (#)

    On s’enfonce dans l’Hiver ! (tiens j’apparais en bas ! le Gravatar de WordPress). J’ai un ami qui est parti par la fenêtre – ses derniers mots au téléphone furent : “Nickel Chrome” et la Gravité a fait le reste.
    Je pense que l’idée d’avoir le droit de mourir renforce aussi celui de Droit de Vivre…

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  6. Lotreamont
    08/12/08
    @ 21:57 (#)

    J’ai parcouru grace aux liens tes autres billets sur le meme sujet (mort, suicide…), et il me semble que tu as un rapport relativement décomplexé, désacralisé avec la mort. Je dirais meme une lecture rationnaliste et matérialiste de la Mort. Avec toi, la mort n’est plus l’évènement sacro-saint, le moment transcendantal de la vie; la mort est rétrogradée et devient un des multiples v moments de l’existence, un des divers versants de la vie…

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  7. SojaRouge
    09/12/08
    @ 13:02 (#)

    Est-ce le suicide qui est condamné ou l’aide qui est condamnéE ?

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  8. Sebastien
    09/12/08
    @ 14:22 (#)

    Il n’a pas ete condamne pour provocation au suicide, preuve que ses reponses ne sont pas le probleme et ne l’ont pas incitee a passer a l’acte. La condamnation est due a la non assistance a personne en danger. Peu importe d’ou provient le danger, de soi ou des autres, il aurait du signaler cette personne.

    En plus la gamine avait 16 ans et a cet age beaucoup d’ado ont des pulsions morbides qui, heureusement, passent avec l’age. Il se remettait parait-il d’une depression durant laquelle il avait pense au suicide et s’il n’a pas retenu cette solution, je ne comprends pas pourquoi il n’a pas essaye de dissuader cette fille.

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  9. Tipanda
    11/12/08
    @ 9:35 (#)

    Je me permets de vous recommander la lecture de “L’ultime liberté ?” d’Axel Kahn. Une saine remise en place, apparemment pas inutile.

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  10. Sylvain
    24/12/08
    @ 3:24 (#)

    @Tristan: Me voici en visite chez toi grace a ton incursion tellement bienvenue sur le blog d’Anne (Sinclair). J’abonde dans ce que Sebastien souleve, la condamnation est relative a non assistance a personne en danger, ca ne se discute pas. Je crois que l’on dit qu’il n’y a pas d’urgence en psychiatrie, sauf dans le cas ou la personne veut mettre fin a ses jours, ca me parait clair.

    Pour autant j’abonde aussi dans ton sens dans la mesure ou la souffrance (psychologique) est telle que par moment on a envie d’en finir. Ce qui m’a toujours retenu c’est ma croyance a la reincarnation et au cycle des karmas : ce que je ne resous pas aujourd’hui (dans cette vie) j’aurais de toute facon a le resoudre demain (dans une vie future). Je vais meme aller + loin : ce que je ne resous pas tot dans ma vie, empire avec les annees. Ma 1ere idee de suicide j’avais 11 ans, la derniere fois j’ai bien failli passer a l’acte en mars dernier a 39 ans. Les depressions ont ete de plus en plus severes et graves ces dernieres annees. Grace a un travail sur mon corps avec le Tantra (aux E-U ou j’habite desormais) j’ai enfin touche le coeur du probleme, des abus sexuels lors de la prime enfance, pas de l’ordre de ce que l’on peut lire dans les journaux, mais des abus qd meme, suffisants pour me foutre en l’air a 39 ans. Je suis content d’avoir vecu jusque la mais d’experience je sais que la douleur est telle parfois que l’on a envie dans finir, simplement.

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  11. Eric Folot
    15/07/10
    @ 18:26 (#)

    OUI à l’aide au suicide, mais NON à l’euthanasie !

    Au sujet de la différence entre l’euthanasie et l’aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu’il n’existe pas de différence entre les deux : dans un cas c’est le patient lui-même qui s’enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l’autre c’est le médecin qui la retire. Il faut d’abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l’on se situe sur le terrain de l’éthique, on peut raisonnablement soutenir qu’il n’existe pas de différence. Cependant, si l’on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l’euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l’emprisonnement à perpétuité) et l’aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d’emprisonnement). Dans le cas de l’aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l’aide au suicide constitue d’une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu’une complicité que s’il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n’est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l’aide au suicide est donc un non-sens.

    En revanche, l’euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l’un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l’interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d’autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d’ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l’euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l’esprit, conclure que l’euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d’un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d’abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté) et les risques d’érosion de l’ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l’euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l’euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l’encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

    « Il existe, tout d’abord, un danger réel que la procédure mise au
    point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
    eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
    et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
    fardeau pour les autres ou pour la société. C’est là l’argument dit du
    doigt dans l’engrenage qui, pour être connu, n’en est pas moins
    réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
    consentement à l’euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et volontaire »

    Eric Folot

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    • Tristan
      19/07/10
      @ 13:57 (#)

      Eric> Personnellement, si je suis pour l’aide au suicide, je suis aussi pour l’euthanasie lorsque la personne ne peut pas se suicider dans de bonnes conditions. Le débat sur le consentement me semble dépassé quand on regarde ce qui se fait déjà ailleurs. Le processus de validation est très contraignant et on passe devant des psy, justement pour estimer le consentement.
      Pour moi, les bénéfices de la dépénalisation de l’euthanasie dépassent de loin les problèmes éventuels.

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  12. Eric Folot
    08/12/10
    @ 22:09 (#)

    Pour plus d’informations, je vous invite à lire mon mémoire de maîtrise en droit de la santé (Université de Sherbrooke et Université Montpellier 1) intitulé : « Étude comparative France-Québec sur les décisions de fin de vie : le droit sous le regard de l’éthique » (2010) que vous pouvez télécharger à l’adresse suivante : https://public.me.com/ericfolot/fr/

    Eric Folot

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