Je suis navré que ça tombe sur Robert Solé dont j’aime les papiers, mais c’est l’exemple le plus récent de cette dérive que je constate parfois dans les médias tradis.
Robert Solé, donc, du journal Le Monde publie ce 18 octobre un papier titré Justice terrestre où il rapporte l’histoire incroyable d’un sénateur du Nebraska qui a attaqué dieu devant les tribunaux – une action en justice que le juge aurait refusé d’entériner parce que dieu ne serait pas joignable. Drôle non ?
En lisant le billet de Robert Solé, on se dit inévitablement : il est bon ce journaliste, mais comment diable a-t-il pu trouver cette affaire ? À le lire, on a presque l’impression qu’il a rencontré le sénateur américain, qu’il a fouillé son sujet, qu’il habite le Nebraska (?)…
Sauf que.
Sauf que cette histoire, je l’ai moi-même rapporté sur ce blog le 16 octobre, soit deux jours avant notre journaliste. Et surtout, la grande différence, la très grande différence entre le journaliste du Monde et le blogueur que je suis, c’est que moi, je SOURCE !
Car cette histoire insolite, comme je le signale sur mon blog, a été révélée par la BBC (le 16 octobre).
Pourquoi moi, qui ne suis qu’un blogueur non rémunéré, je cite mes sources pour ne pas passer pour un mytho, alors qu’un journaliste du Monde peut se faire mousser sur une histoire qu’il n’a pas déniché et dont il ne cite pas l’origine ?
J’entends de plus en plus de chroniqueurs, tv, radio, papier rapporter des infos insolites qu’ils auraient trouvées via le net, sans jamais citer leur source. Ils profitent du travail de recherche d’autres qu’eux-mêmes. Lorsqu’on parle à la télé par exemple, d’une video incroyable trouvée sur dailymotion ou youtube, pourquoi ne pas dire par quel biais on l’a trouvé ? Car pas la peine de mentir, des videos il y en a des millions, si on l’a trouvé c’est que quelqu’un en a parlé ailleurs et qu’on est tombé dessus.
Tout ça pour dire que les journalistes aujourd’hui se doivent d’être beaucoup plus carrés que les blogueurs s’ils ne veulent pas disparaitre.


















Marie
19/10/08
@ 15:59 (#)
Ce que tu dénonces (justement) est en grande partie de votre faute, (vous blogeurs, pas toi Tristan). A rapporter tout et n’importe quoi, sans se soucier des sources, ce qui circule sur la toile devient sujet à caution, alors que la presse “papier” reste plus ou moins proche de ses sources et surtout le lecteur sait ce qu’il lit (si je lis Libé ou le Figaro ou même minute, je sais ce que je vais y trouver). Regarde par exemple Wikipedia! Lors de la campagne 2007, fallait lire les pages des candidats! Je crois assez fermement que l’Internet est un outil extraordinaire, mais que le papier est loin d’être mort.
Fab
21/10/08
@ 8:29 (#)
@Marie,
Je ne suis justement pas d’accord, le tord des Blogueurs est bien de ne pas donner les sources et donc faire passer des informations non fiables, ce qu’au passage nombre de journalistes reprochent aux sites internet, qu’ils écornent au passage, les comparents aux médias “légitimes” et professionnels seuls garants de l’information juste, exacte et non biaisée.
je suis partiellement d’accord avec ce diagnostique tant on rencontre de tout et de rien sur le web.
Là ou je m’inscris en faux, c’est quand un journaliste utilise les usages que nombre de ses collègues dénoncent (et peut être lui même). c’est un peu faible quand on est journaliste professionnel.
s’ils ne montrent pas l’exemple déontologique, le reste des blogueurs s’embarrassera de moins en moins de ces précautions nécessaires lorsqu’on véhicule une information non?
et puis, faire du journalisme comme ça, je peux le faire aussi, je vais lire les journaux en ligne des endroits les plus reculés de laterre et je dis que c’est moi qui ait trouvé quand je pompe un truc intéressant… il suffit de savoir lire plusieurs langues.
Besac
19/10/08
@ 16:51 (#)
C’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Ce sont surtout les blogueurs qui, pensant faire du journalisme, tirent 90% de leurs textes des agences de presse.
Les blogueurs qui « pompent » les photos sans payer le moindre centime aux auteurs.
En résumé : ça pique les images, ça change 4 ou 5 mots d’un article de presse en inversant même les phrases pour faire plus « original » et après ça se la pète en croyant faire le même travail qu’un pro.
Exemple : Un jour, après avoir acheté la photo d’une personne pour ma revue, j’ai proposé sur mon site une version de cette photo (150×150 pixels), résultat : 1000 euros d’amende, parce que j’avais acheté la photo pour la revue sans préciser que c’était aussi pour le site. Quand les blogueurs seront à la même enseigne, vous ferez moins les malins.
Tristan
19/10/08
@ 17:30 (#)
@Besac: il y a pas mal de blogueurs qui ne citent rien et pillent tout. Ca c’est sur. Mais ils ne sont en général pas des journalistes professionnels payés pour leur travail. Je reste convaincu que le journalisme est essentiel face aux dérives du net (les théories conspirationnistes, les propagandes de groupuscules extrémistes). L’objet de ce billet est de dire aux journalistes d’être encore plus exemplaires. Ce que ne fait pas Robert Solé lorsqu’il ne cite pas sa source.
MERLINBREIZH
19/10/08
@ 17:04 (#)
Je suis entièrement d’accord avec toi ! Les journalistes sont toujours prompts à moquer l’amateurisme supposé des blogeurs, leur manque de sérieux, de travail de fond, de savoir faire, comme tu l’as bien noté, il ne voient jamais aucune gêne à ne pas citer leurs sources interneteiennes ! Mais pourquoi citer des sources d’amateurs manquant de sérieux, négligeant le travail de fond et sans aucun savoir faire ? A moins bien évidemment que ce comportement vaguement méprisant ne cachent… La peur !
Lartiste
19/10/08
@ 20:52 (#)
@ Besac : “Quand les blogueurs seront à la même enseigne, vous ferez moins les malins.”
Oui, effectivement ! C’est pour ça que nous ferons tout pour ne pas être à la même Enseigne… Souvenez-vous de Niels Bohr !!!
Rosselin
19/10/08
@ 23:40 (#)
C’est d’autant plus embêtant que je voulais reprendre votre papier dans le prochain numéro de Vendredi… Dommage. Ceci dit, ça prouve que vous êtes lu par d’éminents journalistes du Monde, c’est sûrement une consolation.
JR
Tristan
19/10/08
@ 23:47 (#)
@Rosselin, mais vous pouvez tout reprendre à Vendredi puisque vous citez vos sources ! ;)
Pour ceux qui ne suivent pas : http://blog.mendes-france.com/.....r-de-flux/
renaud
20/10/08
@ 0:33 (#)
Quelle est la peine pour ne pas citer ses sources? Aucune : on peut juste se la jouer “premier sur le coup” en espérant que les autres liront la source suffisamment plus tard.
Quelle est la peine pour raconter absolument n’importe quoi sur Europe1 ou sur Internet? Aucune, si ce n’est un double coup : le scoop, puis être le premier à savoir que c’était une regrettable erreur (et pour cause) résultat : double buzz, doubles recettes publicitaires.
Les journalistes rémunérés sont tous des mangeurs de soupe : pour être indépendant et professionnel, il faut être rentier, dans ce métier : ceux qui réussissent sont presque tous de méprisables individus. Mon grand-père les classait “dernière race après les crapauds”. Cinquante ans après ce jugement à l’emporte pièce, ça n’a pas trop changé de ce côté-là!
Lartiste
20/10/08
@ 0:34 (#)
Niels Bohr ! Pourquoi ?
Penchons nous sur le Journalisme Scientifique ! Et là le “conflit” qui oppose “Blogueurs” et Journalistes de la “Presse écrite”, prend une autre Dimension. Ici pas d’Eminences Grises, pas de Consolation, mais une “Matrice Virale…”
Rebecca Behar
20/10/08
@ 9:23 (#)
Je crois que la question est plus générale. Il s’agit pour des “professionnels” qui ne sont pas toujours parfaits, de reconstituer une hiérarchie menacée par rapport à des “amateurs” qui ne sont pas toujours des nuls. Enjeu ? Rétablir la censure, l’ordre, les petites manipulations qui donnent un droit usurpé à certains – dans les médias ou l’édition ou le show business – de décider qui a du talent et de la valeur et qui n’en a pas, quelles seront les nouvelles en “une” et lesquelles seront reléguées dans les tiroirs. Le résultat est bien connu : une promotion de la médiocrité vraiment honteuse. Tant que vous ne poserez pas le problème sur le fond, tout le débat restera anecdotique.
Sacha
20/10/08
@ 20:25 (#)
@Rebecca Behar,
D’autant que s’il y avait brutalement disparition de l’AFP et Reuters, la plupart des journalistes traitant du quotidien se retrouveraient en caleçon sinon pire.
Le journalisme d’investigation s’est tant idéologisé, ou bien les portes menant à la publication devenues si difficiles et nombreuses, que la plupart du temps, le journaliste de papier n’est, en puissance et dorénavant ni plus ni moins, qu’un blogueur ayant réussi (pour paraphraser un aphorisme célèbre).
Parce qu’à lire la presse généraliste, nous avons d’un côté les commentateurs politisés qui, à part avoir des potes mâle-dominant, quelques indics de territoire et une position plus ou moins arrêtée, ne sont pas distinguables des blogueurs.
La différence potentielle portant sur la qualité de leurs écrits, leur style, leur intelligence. Vertus qui n’ont pas de relations avec le médium (les journalistes tapent bien leurs papiers sur ordi, non ? Alors send vers blog ou send vers rédac, aucune différence.)
Demeure bien entendu la disproportion drastique entre le nombre des uns et des autres qui ne facilite pas la découverte des gemmes perdues.
Sinon, les sujets sont malheureusement en convergence. On me dira que c’est inévitable.
Oui pour l’écume. Non quant au journalisme dans sa meilleure essence, la tentative de diminuer la distance entre l’Histoire et ses protagonistes, nous. Ce n’est pas rien comme boulot. Ca ne se brade pas.
Mais ça se confond si facilement avec le chaos, lorsque l’optique est mauvaise, et que l’exigence a disparu. “Confusion”, mot qui exprime si bien nos vitesses assassines, dont celle de ceux qui sont sensés nous transmettre la Voix du Monde en 78 tours/seconde.
Sacha
20/10/08
@ 20:33 (#)
@Sacha,
on me rappellera à juste titre que ce sont des journalistes qui bossent pour ces deux agences.
Mais enfin, on fera vite le ratio entre ceux qui y participent et ceux qui attendent en centre-ville, mégapole de préférence, le crépitement de leur télex. Pardon, de leur bip personnalisé mp3 sur iphone et autres mobile(r).
Tipanda
20/10/08
@ 10:10 (#)
Nous allons être forcés de nous prendre pour des fossiles. Vexant ! Nous nous croyions si modernes. La déontologie est complètement démodée, au point qu’on nous fait reproche de la respecter.
A mon tout petit niveau, j’en ai fait l’expérience. Lorsqu’il m’arrive de recopier sur mon blog un papier trouvé ailleurs, je prends toujours soin d’y faire figurer les noms de l’auteur et de l’organe de presse d’origine. Eh bien, on me l’a reproché. Des gens soucieux de mon intérêt m’ont dit : “Pourquoi as-tu précisé que tel article venait de tel journal ? Ce journal n’a pas une bonne image de marque. Si tu ne l’avais pas nommé, ton propos aurais été mieux reçu.”
Le désaveu de paternité est un sport de plus en plus répandu.
jla
20/10/08
@ 16:07 (#)
“cette histoire insolite, comme je le signale sur mon blog, a été révélée par la BBC (le 16 octobre).”
Non. Cette histoire est connue depuis plus d’un an. Elle a été rapportée par Wired le 17 septembre 2007 et avait fait l’objet d’une dépêche Associated Press. Je l’avais vue à l’époque… Dans tous les cas, je ne crois pas qu’il y ait de paternité à revendiquer sur une info, sauf, bien évidemment, à en être soi-même à l’origine
http://blog.wired.com/27bstrok.....enato.html
Cordialement
Tristan
20/10/08
@ 16:45 (#)
@jla: pas tout à fait. Si Wired a révélé le lancement de l’action en justice il y a un an, la BBC, elle, parle de la réponse du juge (le refus) et ses motivations un an plus tard.
Reste que l’important est de toujours dire d’où on tire son info, pas forcément d’en avoir la paternité. De façon à ce qu’on puisse remonter à la source.
Tiens, j’ai trouvé cette dépêche AP récente que restitue l’affaire : http://www.iowastatedaily.com/.....455540.txt
kessy007
20/10/08
@ 17:03 (#)
Effectivement, j’ai remarqué cela dans les médias moi aussi. Cette tendance à faire des émissions entières avec comme seule substance les vidéos les plus blogués ou en utilisant les reflexions de bloggeurs non rémunérés et en s’attirant les applaudissement et l’admiration des autres journalistes.
La bloggosphère a pris une grande place dans les médias, c’est la corrolaire d’un abandon du choix et de la volonté de dénoncer qu’on observe chez les journalistes depuis les dernières élections qui ont marqué la fin du journalisme libre politique.
Une question “sioniste propalestinien”, ça veut dire quoi au juste ?
Tristan
20/10/08
@ 17:09 (#)
@kessy007: “sioniste propalestinien” c’est une formule de P. Klugman. En gros, ça veut dire que je suis pour l’existence d’un état israélien et d’un état palestinien, cote à cote sur les frontières de 67.
Fab
21/10/08
@ 8:49 (#)
@Tristan,
ça sonne plutot comme quelqu’un qui aime la provoc… :)
Pierre
21/10/08
@ 11:42 (#)
@kessy007,
pour moi, “sioniste propalestinien”, c’est la nouvelle manière de dire “propalestinien” comme l’était la plupart des gens il y a quelques temps. En gros, avant le 11 septembre 2001. Depuis, des groupuscules, se sont illégitimement approprié le terme pour lui donner le sens anti-sioniste, voire anti-israéliens, voire même antisémite… En gros, c’est quelqu’un qui se préoccupe plus des souffrances des palestiniens que de l’identité de leurs agresseurs. D’où la distinction nécessaire, même si elle n’est pas systématique (un propalestinien tout court n’est pas forcément anti-sioniste, anti-israélien ou antisémite bien entendu…).
tipanda
21/10/08
@ 18:13 (#)
@Pierre, Les amours sont compliquées …
Il se trouve que ceux qui aiment les Palestiniens, en général aiment les juifs … morts. Tooujours prêts à commémorer la shoah, à dire tous les kaddishs, à répandre des larmes sur tous les malheureux, ils ne supportent pas que les victimes soient devenues des héros victorieux.
Laurent Weppe
23/10/08
@ 1:54 (#)
Tiens, puisqu’on parle des blogs et du travail de journaliste, voici un article sur la grandeur et la (récente) décadence de Matt Drudge, ex-blogueur d’extrême droite tendance conspirationniste, devenu gourou des médias US de l’affaire Lewinsky jusqu’à la crise de Wall Street, et a brutalement perdu de son lustre et de son influence:
http://mediamatters.org/columns/200810210005
JX
24/10/08
@ 17:01 (#)
Dans le même genre, à la mort du compositeur allemand Karlheinz Stockhausen, Libération avait repris, en se trompant, un article de Wikipédia – le Klavierstück XI était alors devenu « le » Klavierstück, un peu comme si on parlait de « la » symphonie de Mahler.
Solène
17/12/08
@ 10:11 (#)
Même si je suis d’accord sur le fond, je ne vois pas en quoi ne pas citer ses sources serait un des vecteurs de la disparition de la presse papier.
Tristan
17/12/08
@ 10:22 (#)
@Solène: c’est une question de crédit. Moi, je ne vais pas lire un journal pour y lire ce que d’autres ont déjà trouvé sur le net. Pire encore si l’article du journal ne cite pas la source.
NB : Tous les commentaires seront lus mais pas forcément publiés
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