Lorsqu’on fait des recherches sur le net, le plus souvent, c’est pour y trouver des choses qui viennent conforter nos convictions. C’est un réflexe plutôt naturel. Mais qui peut devenir inquiétant lorsqu’il prend le pas sur le reste. Il ne faut pas perdre de vue que le net ne propose jamais rien. C’est l’internaute qui demande à voir. Et s’il veut des photos du Big Foot, il en verra. S’il veut des preuves qu’on n’est jamais allé sur la Lune, il en aura. Ce que tout un chacun trouve sur le net n’est rien d’autre que ce qu’il est allé y chercher.
Le net peut alors parfois devenir une énorme loupe et déformer l’impression que l’internaute a de la réalité : lorsque je m’intéresse aux groupuscules extrémistes sur le net, il m’arrive d’avoir la sensation qu’ils sont beaucoup plus influents que ce qu’ils sont réellement. Un simple effet d’optique du à l’intérêt que je leur porte ou à la crainte qu’il suscite en moi. Si mon centre d’intérêt avait été le créationnisme ou les théories conspirationnistes, je serais pris dans ce même effet d’optique, avec une sur-représentation de tout ce qui conforte mes convictions, mes préjugés ou mes fantasmes.
Et puis il y a ce nivellement de toutes les paroles sur le net, qui fait qu’un article du New-Scientist vaut celui d’un site créationniste, ou qui fait qu’une enquête du Monde, d’El Pais ou du Frankfurter sur le 11 septembre vaudra celle de n’importe quel vulgaire site conspirationniste. Voir moins. Quand je dis moins, je pense à ce mouvement de défiance qui s’exprime de plus en plus sur le net devant toute parole instituée (l’expert, le prof, le journaliste, le chercheur, nos représentants, les médias). Ce que Pierre Rosanvallon appelle la démocratie du rejet.
Contre cette dérive, je ne vois rien à part l’éducation. On doit apprendre à l’école à lire le net, à s’y documenter, on doit apprendre à chercher, à hiérarchiser l’info qui provient du web. Le risque si on ne fait rien, c’est qu’un jour, alors qu’on pensait se faire une petite balade sympathique sur la toile, on se réveille tout nu, au beau milieu d’un terrain vague bouseux, battu par la pluie et rempli de trolls, le regard torve, en train de meugler leurs insanités dans le froid glacial d’une nuit sans fin. </lyrique>
PS/ Titres de billet auxquels vous avez échappé : “On est ce qu’on search“, “Dis-moi ce que tu search, je te dirais qui tu es”, “Les dérives de l’ego-searching“…


















Tristan
21/09/08
@ 19:58 (#)
Complément : j’oubliais de mentionner cet article que j’avais écrit en avril 2005, “Après le broadcasting : les dangers de l’ego-casting”.
http://blog.mendes-france.com/.....o-casting/
Nick Carraway
21/09/08
@ 22:51 (#)
Très bon billet.
Je rajouterai qu’il faut aussi apprendre la culture du débat, complètement absente du projet pédagogique depuis fort longtemps. Un peu de maïeutique socratique ne ferait pas de mal ;-)
Fab
22/09/08
@ 8:13 (#)
+1
a quand des cours de débat a l’école ou on apprend a argumenter, écouter, synthétiser et contre argumenter rationnelement avec politesse et méthode.
on voit tellement de gens qui ne savent pas débattre ni démontrer leur point de vue…
ça aurait également pour effet une éducation des futurs électeur, leur donnant un outil pou décrypter les comportement et la rétorique des politiques.
Fab
22/09/08
@ 8:15 (#)
je viens de relire mon commentaire, désolé pour les fautes d’accord (et les autres) il faut que je retourne à l’école…
Tipanda
22/09/08
@ 9:30 (#)
Frappé au coin du bon sens. Mais il est à craindre que le succès soit relatif. La facilité est tellement plus vendeuse.
François Pierre V
22/09/08
@ 12:55 (#)
Je dirai même que l’obscurantisme ou bien la démocratie du rejet s’incarnant le plus souvent dans les sites conspirationnistes et autres poujadistes subissent une diabolisation au niveau des médias traditionnels.
Le Pen a été boycotté, comparé à Lucifer, il est arrivé où l’on sait le 21 Avril 2002 avec un programme déplorable.
Les théories aberrantes du complot (9/11 en particulier) ont beaucoup progressé dans l’opinion publique (la doxa) en étant à peine évoquées par les grands médias hormis “Jeudi Investigation”.
Le mépris n’est plus suffisant face à ces mouvements, beaucoup de journalistes sérieux (El Pais, Der Spiegel, Al jazeera) ont démonté la plupart de ces thèses fumeuses, et les économistes ont balayé d’un revers de la main le programme du FN.
Sur le net, identifier les sources sérieuses, est une necessité pour aiguiser un esprit critique, les infos fiables n’émanant très rarement des mouvements prosélytes les plus actifs.
Sebastien
22/09/08
@ 18:56 (#)
Quand je lis certains articles/commentaires sur Agoravox, j’ai l’impression d’etre le seul imbecile qui croit encore a la theorie “officielle” sur le 09/11. Merci pour cet article, je me sens moins seul…
Aquilix
22/09/08
@ 21:02 (#)
Que l’esprit critique soit indispensable pour faire le tri entre toutes les informations présentes sur le net est une évidence.
Mais le “nivellement de toutes les paroles” me semble plutôt salutaire. Il permet en effet à chacun d’exercer son esprit critique plutôt que d’être influencé par le poids d’une parole “officielle”.
L’exercice de l’esprit critique commence par l’exercice du doute.
Loin de moi, l’idée de faire l’alibi des théories douteuses diverses et variées. Je tiens juste à rappeler d’une part que “Pensée commune n’est pas vérité.” (Désolé j’ai oublié l’origine de la citation) et d’autre part que les endroits où les paroles sont le plus “dénivelées” sont des totalitarismes.
L’expression des conspirationnismes, révisionnismes, créationnismes sur le net (ou ailleurs) me semble donc être un mal nécessaire. Le remède est effectivement l’éducation, reste à savoir ce que l’on envisage comme signification à ce mot.
Et puis, sincèrement, un net sans “trolls, le regard torve, en train de meugler leurs insanités dans le froid glacial d’une nuit sans fin.” ce ne serait pas un peu fade ?
Lotreamont
23/09/08
@ 22:02 (#)
Judicieux le titre du billet. Dans les ontologies à la sauce contemporaine, je propose pour ma part: je vous emmerde donc je suis ; je baise donc je suis ; je déprime donc je suis… et y’en aurait d’autres, je ne fais pas un dessin…
antoine
24/09/08
@ 7:48 (#)
L’autre risque, à sélectionner à l’infini les informations qu’on lit, via le search ou les flux RSS spécialisés, c’est de se couper complètement de l’actualité généraliste et de se retrouver enfermé dans un tunnel d’information où les dernières frasques de Kemi Seba deviennent plus importantes qu’un tsunami en Asie.
steph
26/09/08
@ 15:37 (#)
Nous pourrions pousser également ce débat vers quelques spéculations sociologiques; crise oblige, la plupart pourraient se tourner vers un besoin dogmatique, voir obscurantiste… Et si le net facilitait de tels phénomènes boule de neige ? Au final le net ne faciliterait pas la construction d’opinions mais faciliterait les mouvements de foule.
NB : Tous les commentaires seront lus mais pas forcément publiés
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