Schneidermann, les gens heureux, ça le fait chier

Le 7/07/2008 @ 17:57 par Tristan

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Schneidermann est irrité. Par les “médias” d’abord. Vous savez ces gens (dont il n’est pas, bien sûr) qui organisent, dans l’ombre, d’obscures propagandes autour de la libération d’Ingrid Betancourt.
Mais, Schneidermann, lui, il est pas con. La bouillie émotionnelle que les médias tentent de nous faire gober, elle passe pas.

…émotion obligatoire devant les retrouvailles familiales, la maman, les enfants, les deux maris, génuflexion devant les «orgies de baisers» des retrouvailles, prosternation collective.

On la lui fait pas à Schneidermann. Ce dégueulis d’amour, lui, il en mange pas.

Et les milliers d’individus de France et de Navarre qui ont soutenu Ingrid depuis des années ?
Ce sont tous des animateurs de kermesses :

Processions pour la délivrance de l’héroïne, tee-shirts immaculés, rollers, lâchers de colombes, angelots, chorales, ballons, portraits géants aux frontons des mairies.

Heureusement que Schneidermann est là pour déniaiser cette bande de gueux.

Ainsi la France entière, shootée aux photos du bonheur et aux flashes spéciaux, a-t-elle dû subir les scènes pieuses du retour de sainte Ingrid.

“sainte Ingrid” ? Schneidermann, il l’a fout à poil [au sens du roi est nu], lui enlève son auréole et la remet à sa place. Parce que franchement à part zoner dans la jungle, elle a fait quoi l’Ingrid toutes ces années ? Schneidermann, lui, il s’est bougé le fu. Et son site marche du feu de dieu.
La France en a marre [DS parle en son nom] ! Ca va quoi ! C’est bon, Ingrid est sortie de la jungle il y a 5 jours ! une éternité ! Elle a vu ses gosses, maintenant on peut passer aux choses sérieuses. Finies les vacances, Schneidermann est là et les gens heureux, ça le fait chier.

Ainsi a-t-on entendu un journaliste de France Info, dans la liesse universelle, supplier la libérée d’accepter par avance le prix Nobel de la paix.

Manquerait plus que cette bigote obtienne le prix Nobel !
On a déjà l’archevêque Desmond Tutu ! ça suffit !

[Je pense que Schneidermann devrait prendre des vacances (en Colombie ?).]

Dossier: lo tek, societe

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80 commentaires → “Schneidermann, les gens heureux, ça le fait chier”

  1. Tristan
    08/07/08
    @ 16:05 (#)

    Tiens, c’est marrant, je viens de voir (de loin) Ingrid dans les couloirs du Sénat. Un hommage lui sera rendu dans l’hémicycle vers 16h. Quelle horreur, encore une grand-messe ? J’espère que DS sera là pour nous déniaiser.

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  2. cegeste
    08/07/08
    @ 19:25 (#)

    Très franchement, il n’a pas totalement tord DS. L’émotion n’a jamais été très bonne conseillère… DS ne retire pas à Bétancourt tout ce qu’elle a vécu et son courage, il souligne la “guimauverie” dont les médias sont capables, d’une part, et par ailleurs les pratiques que l’on pouvait penser d’un autre temps de certains autres médias (le Figaro) dont vous faites abstraction.
    DS n’est pas toujours défendable, mais là… C’est une réaction plutôt saine.

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  3. Gonzague
    08/07/08
    @ 20:56 (#)

    Ok, je ne voulais pas réagir plus que cela, mais maintenant il le faut. Cegeste, vous écrivez : “Très franchement, il n’a pas totalement tord DS“. Cette faute récurrente commence à me courir sur le haricot qui me sert d’organe reproducteur, du moins en théorie. ON N’ÉCRIT PAS AVOIR TORD, MAIS AVOIR TORT !
    Et je la retrouve partout cette erreur !
    A la limite, il a pas tordu, je comprendrais. Michelle Tord, je saisirais. Mais il a eu tord, ca dépasse les bornes.

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  4. Lotreamont
    08/07/08
    @ 21:57 (#)

    L’explication du caractère déplacé des propos de Schneiderwoman se trouve du coté de Franz Olivier Giesbert, qui lui reprochait de faire du “journalisme de chambre”

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  5. Fab
    09/07/08
    @ 8:02 (#)

    Ah ça suffit maintenant!

    chaque fois qu’on dira du mal d’Ingrid Betancourt, je tue un chaton!!!

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  6. Fab
    09/07/08
    @ 8:10 (#)

    Concernant les médias, ça ne date pas d’hier qu’ils sont mono sujets… tous le monde parle de la même chose en même temps, ne me dites pas que vous n’avez pas remarqué… alors ne vous étonnez pas de bouffer de la Betancourt à tous les repas. C’était la même chose avec C. Bruni, pareil avec le modèle précédent, le pouvoir d’achat, la violence dans les banlieues… les médias vendent ce qui se vend, j’jusqu’a satiété et même bien après.
    Ne faites pas ceux qui sont tombés de la dernière pluie.

    Alors cette fois si c’est un événement positif, la prochaine, ce sera peut être le meurtre horrible d’une gamine de 4 ans (le p’tit Greg ça vous dit quelque chose) et le jour d’après, les hémorroïdes de Sarko… c’est comme ça que fonctionnent les médias! “get over it”

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  7. bouc-hemisphere
    09/07/08
    @ 14:48 (#)

    Je comprends l’attitude de Schneiderman devant cette effusion de bonheur ecclésiastique.

    A l’heure ou les prélèvements ADN se banalisent, ou l’on fiche des informations personnelles sur le quidam, ou l’on détruit des acquis sociaux difficilement acquis, on nous informe qu’Ingrid Betancourt est libérée.

    Que dis-je ? On nous informe qu’Ingrid Betancourt est libérée.

    On nous informe qu’Ingrid Betancourt est libre.
    On nous informe qu’Ingrid betancourt est libre.
    On nous informe …

    Bien, je suis heureux qu’elle soit enfin libre de cette situation qui a du être extrêmement difficile pour une personne, même de sa trempe.

    Mais je comprends Schneiderman. Les effusions sentimentales ne me concernent pas, il ne se sent pas concerné non plus par ces débordements d’amour, et c’est normal : ça ne concerne que ceux qui sont liés sentimentalement à Ingrid Betancourt, et elle même.

    Je pense que l’attitude de Schneiderman, à travers ses provocations, tend à nous dire : “quid du reste ?”

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  8. JEAN.R.R
    09/07/08
    @ 17:52 (#)

    Cher TMF,
    on devrait te féliciter et presque qualifier de courageux ta prise de position et cette critique envers l’article de DS. J’ai réellement été attristé par cet article, et surtout son ton. Je ne tomberai pas dans le piège glissé à escient qui serait de contrer le magistère de M. Schneiderman au titre de la défense du bonheur simple reçu par des foules niaises et qui ne comprennent pas, pauvres d’elles, ce grand mystère qui se trame là-dessous.

    Qui peut douter de la tentative de récup’ de Sarkozy, et d’autres sur cette libération ? On le sait, cela a été dit, OK, continuons à le dénoncer…

    Cela ne m’a pas empêché de me réjouir de voir cette femme enfin libre. Au-delà de toute la mise en scène, et même si elle a laissé certainement faire, il y a quelque chose de bien plus grand qu’a porté cette femme, dont l’on pressent déjà que même son courage et sa pugnacité vont être remis par certains en cause (“et d’abord on lui avait bien dit à l’époque de ne pas traverser cette région où les FARCS menaçaient… elle aurait voulu se faire prendre pour se faire de la publicité qu’elle ne s’y serait pas mieux prise…”).

    Je ne m’intéresse pas à la foi, et même son ostentation, d’Ingrid Betancourt. Je comprends qu’elle peut gêner certains, mais pas au détriment de l’essentiel de cette libération. Je me dis de plus, croyant ou incroyant, puis-je moi-même savoir à quoi je me serais rattaché dans une telle situation, dans la jungle et sans espoir à la fois de survie et de libération, pour survivre. J’imagine que l’on fait ce que l’on peut dans de telles conditions ultimes.

    Cela peut choquer mon laïcisme “à la française”, mais là encore, ce n’était pas l’essentiel.

    La mise en image des retrouvailles avec sa famille, sa médiatisation a pu aussi me choquer, et je me suis aussi posé des questions sur ce point. Mais là encore, est-ce vraiment ce qu’il faut retenir de cet événement. IB n’a pas demandé du fond de sa jungle cette mobilisation et la médiatisation de la mobilisation mois après mois pour sa libération. Cette mobilisation, par la médiatisation, a rendu en partie possible sa libération (et peut-être aussi avant cela le prolongement de son calvaire), comment imaginer que sa libération puisse se faire sans médiatisation aussi ?

    Non, l’essentiel, à mon avis, c’est de faire l’effort, voire d’imagination, que tous les regards tendus vers cette femme, ont porté autre chose par delà elle-même et par elle-même, et qu’elle a été à la hauteur d’une sorte d’espérance, dont on ne connaît ni la portée ni réellement l’objet concret pour le moment, mais qui a accroché les coeurs et l’esprit de plein de gens.

    Ces déclarations simples, sur la liberté et la force et l’espoir que l’on peut créer par le sens que l’on donne à la parole et au pouvoir des mots dans la communication à autrui renferment une potentialité qui nous fait espérer qu’elle pourrait permettre de soulever des montagnes.

    Il s’est passé quelque chose avec Ingrid Betancourt, avec sa libération et en sa personne et par elle-même. Etre réceptif à ce moment, ressentir et partager un sentiment de bonheur, c’est écouter et s’ouvrir à un moment quasi meta-politique, plein de potentialités, pour être attentif à ce que cela peut devenir, et ce, bien au-delà des frontières hexagonales.

    Dans les propos de Scheiderman, il y a quelque chose du “peine-à-jouir” et du dénigrement cynique systèmatique qui m’inquiète sur notre capacité collective à reconnaître ces moments là, en France devrais-je le préciser, et à espérer. Ces potentialités peuvent être les prémisses de l’action, celle qui emporte, fédère et créée. Elles sont celles de l’imagination, que peut-être, qui a peut être été égarée par notre politique et notre culture sur le chemin de la post-modernité.

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    • Tristan
      09/07/08
      @ 18:35 (#)

      JEAN.R.R> Merci beaucoup Jean pour ce mot. Tu as écrit ce que j’aurais dû lui répondre. J’ai conscience maintenant que mon billet est plus une réaction épidermique au mépris de DS pour la joie simple des gens – et des médias qui sont composés eux aussi de gens – qu’une réponse calme et articulée.

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