Cette question peut sembler naïve. On me dira : “mais on parle déjà de mouvement sectaire pour Al Qaida”. Ben justement, je ne trouve pas que ça soit (assez) le cas aujourd’hui. D’ailleurs, cherchez bien. Avez vous lu ou entendu les termes : “la secte Al-Qaida” ? Moi pas (ou exceptionnellement, cherchez dans Google). “groupe terroriste”, “mouvement terroriste”, ça oui, mais “secte Al-Qaida” – comme on parlait de la secte Aum au Japon – beaucoup plus rarement. À quoi s’ajoute le fait que si on emploie (trop rarement) le terme secte, on n’en tire pas toutes les conséquences.
Car si on pousse la logique jusqu’au bout, on devrait traiter ce qu’on appelle les “combattants d’Alquaida” comme des victimes de sectes et non pas comme des ennemis à combattre. On devrait les percevoir comme des victimes de manipulation mentale, ce qui changerait complètement l’orientation de leurs procès. Enfin la lutte internationale qui existe aujourd’hui contre les actes terroristes s’orienterait plus à combattre les ressorts de la manipulation mentale à l’origine des crimes que les crimes eux-mêmes.
Vous en pensez quoi ?


















GroM
04/07/07
@ 14:14 (#)
Il me semble y avoir une problème de fond: ne faut-il pas, pour qu’il y ait secte, qu’il y ait une manipulation mentale opérée directement par le gourou, ou ses sbires ? Dans le cas d’Al Qaïda, il me semble au contraire qu’il y a un certain nombre d’acteurs qui agissent spontanément. De même, Al Qaïda n’est finalement pas une structure fermée comme le sont les sectes, mais finalement c’est une structure relativement ouverte …
Tristan
04/07/07
@ 14:28 (#)
GroM> Pas faux. Mais quand on voit les agissements des scientologues par exemple, on constate qu’ils recrutent pas mal d’individus qui ont spontanément franchi la porte de leur “église” ou se sont “informés” via leurs sites (sur la drogue, l’enfance ou je ne sais quoi encore).
Emmanuel
05/07/07
@ 23:00 (#)
Quelle idée surprenante ! Si on venait à annoncer que les membres d’Al-Qaida allaient être traités comme des victimes, je crois qu’on aurait droit à des émeutes, au moins aux US, sinon beaucoup plus largement. Le principe serait rejeté violemment par le monde occidental – et encore plus par le monde judéo-chrétien – et les conséquences seraient immenses. On peut sûrement défendre l’idée qu’Al-Qaida est une secte, mais je crois que ce serait inverser l’ordre d’importance de ses caractéristiques : Al-Qaida, avant d’être une secte, est d’abord un groupe de musulmans qui juge que sa seule voie d’action réside dans l’emploi d’une violence aveugle et massive, et a pour objectif final l’instauration du grand califat (un concept politique présent dans le Coran et selon lequel le seul destin souhaitable de l’humanité toute entière est d’abandonner ses structures sociales historiques et naturelles et d’adopter la charia). D’ailleurs, si on considère la situation de l’Afrique (sans parler de l’Asie et de l’Océanie), on peut voir que le concept remporte un certain succès. De plus, Al-Qaida n’est pas issue d’une branche marginale de l’Islam, mais inspirée par les textes fondateurs de cette religion. En clair, je crois que l’idée de départ (membre d’Al-Qaida = victime de manipulation mentale), si valide qu’elle puisse être, est surtout tout à fait inacceptable.
Aldor
06/07/07
@ 0:23 (#)
Pas sûr de bien comprendre, pratiquement certain de ne pas être d’accord : parler de secte, c’est placer le débat sur le terrain religieux. Or je ne pense pas que l’antagonisme avec Al Quaida soit de nature religieuse, même si telle est la thèse que le mouvement défend.
Tristan
06/07/07
@ 9:23 (#)
Je pense que parler de secte, c’est éviter de rentrer dans des débats de religions. Lorsque la justice attaque les sectes, elle évite comme la mort de parler religion (dont elles n’ont d’ailleurs pas le statut).
Emmanuel> Lorsque le chef de la secte Aum a été arrêté, la responsabilité de ceux qui le suivaient, notamment ceux qui ont commis l’attentat dans le métro de Tokyo, a été soulevée. Et la question de savoir s’ils étaient aussi victimes d’un embrigadement (même s’ils ont été condamnés pénalement) a été posée.
Mon idée n’est pas de dédouaner des tueurs, mais de mieux les comprendre pour mieux s’y opposer.
Emmanuel
06/07/07
@ 19:42 (#)
Tristan > On ne peut guère comparer Aum à Al-Qaida : le crédo d’Aum n’est pas issu d’une des trois religions du Livre (tu sais, celles qui réglent la pensée et les actes de milliards d’êtres humains et dont les représentants suprêmes possèdent un très grand pouvoir politique) ; Aum n’a pas pris le contrôle de nations entières ; Aum n’oppresse pas les minorités juives, chrétiennes, animistes ou athées des pays qu’elle n’a pas conquis, Aum ne pratique pas l’esclavage et ne possèdera jamais le dispositif politique et social de l’Islam.
La question Al-Qaida est éminemment religieuse : c’est en puisant dans les textes fondateurs de la pensée musulmane qu’Al-Qaida trouve des justifications religieuses à ses actions : revanche sur les croisés, “satanisation” de l’ “occupant” occidental, bien-fondé des attentats suicide, etc. Les textes en question ont 14 siècles d’existence.
Le terrorisme islamique EST un problème religieux ; mais aussi : économique, stratégique, social, philosophique, civilisationnel, culturel. Les combattants d’Al-Qaida SONT embrigadés, mais pas au sein d’un groupe éxotique à la pensée délirante, ils sont embrigadés par les représentants du côté sombre de l’Islam. (Kffh, je suis ton père !). En passant, une question : les Jedis de l’Islam se sont-ils jamais montrés ?
Tu as raison, il faut comprendre les tueurs pour mieux s’y oppposer. Mais ne soyons pas naïfs : le temps joue contre nous. L’occident tient une patate chaude, mais il n’y a personne à qui la lancer.
Tristan
10/07/07
@ 11:50 (#)
Emmanuel> Je comprends ton analyse mais je campe sur les miennes. :)
Je ne veux pas voir un problème religieux avec Al-Quaida. Ou alors toutes les religions sont concernées, car ni les chrétiens ni les juifs sont exempts d’extremistes illuminés prêt à tuer pour… rien et au nom de leurs textes sacrés.
Je préfère lire le phénomène Al-Quaida comme un phénomène sectaire, idéologique et/ou politique.
Et donc de le combattre sur ce terrain.
Emmanuel
18/07/07
@ 11:42 (#)
Tristan > Tu “ne veux pas voir un problème religieux avec Al-Qaeda”, mais quand l’autruche enterre sa tête pour ne plus voir le coyotte, elle ne fait pas disparaitre le coyotte.
Tu as déjà entendu parler terrorisme chrétien ? Tu entends parler de tueries interconfessionnelles chez les juifs ? Pas moi !
NB : Tous les commentaires seront lus mais pas forcément publiés
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